À Montataire, dans l’Oise, AkzoNobel a inauguré le 8 octobre 2026 de nouvelles installations industrielles représentant 27 millions d’euros d’investissement. Le fabricant de peintures décoratives entend renforcer les capacités de son site et améliorer la flexibilité de sa production grâce à l’automatisation.
Au-delà des nouvelles machines, cette transformation concerne l’ensemble de la chaîne de fabrication, depuis la préparation des matières premières jusqu’au conditionnement. Elle intervient également dans un contexte de réorganisation des activités françaises du groupe. De quoi soulever une question essentielle : comment mesurer les bénéfices d’une usine davantage automatisée, aussi bien sur le plan industriel que sur celui du travail ?
27 millions d’euros pour transformer l’usine de Montataire
Implantée à Montataire depuis 1947, l’usine AkzoNobel fabrique des peintures décoratives murales à l’eau destinées aux marchés français, belge et néerlandais. Selon l’entreprise, le site produit plus de 40 millions de litres par an, dont 55 % sont destinés à la Belgique et aux Pays-Bas.
Selon les informations communiquées par AkzoNobel lors de l’inauguration, l’investissement de 27 millions d’euros se répartit entre deux projets complémentaires. Une enveloppe de 22 millions d’euros a été consacrée à la modernisation des équipements et à l’augmentation des capacités de production. Les cinq millions restants ont financé une unité permettant de fabriquer des couleurs à la demande.
Montataire : les chiffres clés de l’investissement
- 27 millions d’euros investis, dont 22 millions pour la modernisation et 5 millions pour les couleurs à la demande.
- Plus de 40 millions de litres de peinture produits annuellement sur le site.
- Une ligne de conditionnement annoncée à 200 litres par minute.
- Un disperseur pouvant traiter jusqu’à 8 tonnes de dioxyde de titane par heure.
Avec ces installations, AkzoNobel entend faire de Montataire un site de référence dans son réseau européen de production de peintures murales à l’eau. L’entreprise met notamment en avant une meilleure maîtrise des procédés, une organisation des flux revue et une plus grande réactivité face aux commandes.
Du dosage au conditionnement, une fabrication davantage automatisée
Dans une usine de peinture, la régularité des formulations constitue un enjeu majeur. La précision du dosage, la dispersion des pigments et la stabilité des mélanges conditionnent les caractéristiques du produit final. Une variation non maîtrisée peut entraîner des corrections, des rebuts ou une consommation supplémentaire de matières premières.
À Montataire, une nouvelle zone de préparation doit permettre d’automatiser davantage ces opérations. Le site s’est également doté d’un disperseur en ligne dont la capacité annoncée atteint huit tonnes de dioxyde de titane par heure. Ce pigment blanc intervient notamment dans l’opacité et le pouvoir couvrant des peintures. Le conditionnement a lui aussi été modernisé. Une nouvelle ligne, pilotée numériquement, peut atteindre une capacité de 200 litres par minute. Elle automatise plusieurs opérations, du désempilage des pots jusqu’à leur palettisation, avec une alimentation robotisée en couvercles et des contrôles automatisés du poids et des emballages. Ces caractéristiques donnent une indication du potentiel technique des installations. Elles ne constituent toutefois pas un bilan de performance. La cadence maximale d’une machine ne correspond pas nécessairement à la production réellement obtenue sur une journée ou une semaine. Pour apprécier les résultats, il faut notamment distinguer l’efficience et le taux de rendement synthétique (TRS), deux indicateurs complémentaires de la performance industrielle.
Les changements de formats, les opérations de nettoyage, les arrêts techniques et les contrôles qualité continueront de peser sur l’efficacité globale de la ligne.
La fabrication des couleurs à la demande change la gestion des flux

L’unité de mise à la couleur constitue un autre volet important du projet. Dans les peintures décoratives, la diversité des teintes rend la planification particulièrement délicate : multiplier les références augmente les besoins de stockage et peut conduire à immobiliser des produits dont la demande reste incertaine. Avec une fabrication plus directement liée aux commandes, AkzoNobel cherche à améliorer la flexibilité de son organisation. L’objectif annoncé est de mieux adapter les volumes aux besoins, tout en limitant les stocks et le gaspillage de ressources. Ce modèle suppose toutefois une bonne coordination entre les commandes commerciales, la disponibilité des matières premières, la préparation des formulations et les capacités de conditionnement. Une installation automatisée ne supprime pas ces contraintes : elle modifie la manière dont elles doivent être pilotées.
La performance de cette nouvelle unité devra donc être appréciée au regard des délais de fabrication, de la fiabilité des teintes produites et de la capacité du site à gérer des demandes variables sans désorganiser le reste de la production.
Une transformation qui fait évoluer les métiers
L’automatisation ne se résume pas à remplacer des gestes manuels par des opérations mécanisées. Elle modifie également les compétences nécessaires pour conduire les installations et intervenir en cas de dysfonctionnement. Sur une ligne automatisée, les opérateurs peuvent être davantage sollicités pour surveiller les paramètres du procédé, interpréter les alarmes, effectuer des changements de série et identifier les écarts de qualité. Les équipes de maintenance doivent, de leur côté, maîtriser les interactions entre la mécanique, l’électricité, les automatismes et les systèmes numériques.
AkzoNobel indique faire évoluer son organisation autour de la polyvalence, des compétences numériques, de la maintenance préventive et prédictive ainsi que de l’amélioration continue. Cette évolution rejoint les enjeux de la maintenance prédictive et de l’intelligence artificielle industrielle, notamment lorsqu’il s’agit d’exploiter les données des équipements pour anticiper certaines défaillances. Ces orientations correspondent aux besoins habituels d’un environnement industriel plus automatisé. Mais leur efficacité dépend des moyens réellement consacrés à la formation, de la disponibilité des compétences et de l’organisation des interventions.
Une machine plus performante sur le papier peut devenir une source de difficultés si les équipes ne disposent pas des connaissances ou du temps nécessaires pour en assurer l’exploitation. La question n’est donc pas seulement de savoir ce que la technologie permet de faire, mais dans quelles conditions les salariés pourront l’utiliser durablement.
Un investissement à replacer dans le contexte social du groupe
Cette modernisation intervient après l’annonce, en janvier 2025, d’un projet de réorganisation des activités de peintures décoratives d’AkzoNobel en France. Le groupe avait alors présenté un dispositif susceptible d’entraîner jusqu’à 211 suppressions de postes et 29 créations, tout en annonçant un investissement de 22 millions d’euros à Montataire. Ces chiffres concernaient le projet de réorganisation français. Ils ne doivent pas être présentés comme un bilan définitif des départs effectivement réalisés dans la seule usine de Montataire.
Le contexte social mérite néanmoins d’être rappelé. L’investissement dans de nouvelles capacités de production et la transformation de l’organisation du travail font partie d’une même évolution industrielle, dont les conséquences doivent être appréciées avec précision.
À ce stade, les informations publiées lors de l’inauguration ne permettent pas d’établir un bilan complet des effectifs du site avant et après la modernisation. Il serait donc abusif d’attribuer un nombre précis de suppressions d’emplois aux nouveaux équipements.
Quels résultats attendre de cette modernisation industrielle ?
Pour AkzoNobel, l’investissement de Montataire répond à plusieurs objectifs : renforcer la compétitivité, disposer d’un outil plus flexible et mieux maîtriser les différentes étapes de la fabrication des peintures décoratives. Les moyens techniques sont désormais identifiés. Reste à mesurer leurs effets réels sur le fonctionnement de l’usine. Disponibilité des équipements, taux de produits conformes, consommation de matières, changements de références, délais de fabrication et interventions de maintenance permettront d’apprécier les performances obtenues. Le bilan devra également tenir compte de l’organisation du travail. La réussite d’un projet d’automatisation dépend autant de la fiabilité des installations que de la capacité des équipes à les exploiter, les régler et les entretenir.
À Montataire, l’enjeu ne consiste donc pas uniquement à produire davantage ou plus rapidement. Il s’agit aussi de vérifier que les investissements permettent une production durablement maîtrisée, dans un environnement industriel dont les procédés, les métiers et les contraintes continuent d’évoluer.
Illustrations générées par intelligence artificielle. Elles ne représentent pas les installations d’AkzoNobel à Montataire.